
Tout sur la Transphobie au travail
44% des personnes trans affirment avoir subi de la discrimination Ă l’embauche. C’est presque une personne sur deux… Ce chiffre ahurissant laisse transparaĂ®tre Ă quel point la transphobie au travail est prĂ©sente dans quasiment tous les milieux professionnels. Comme elle reprĂ©sente un Ă©norme frein pour l’Ă©panouissement des personnes trans, nous avons dĂ©cidĂ© de faire le tour de la question dans cet article pour t’aider Ă la comprendre et Ă mettre en place des actions concrètes pour y mettre fin dans ton travail.

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La transphobie c’est quoi ?
DĂ©jĂ la transphobie c’est quoi ? Ce terme s’il est assez ancien, n’est rentrĂ© que rĂ©cemment dans l’espace public et mĂ©diatique. Inutile de dĂ©crire la panique morale qui a Ă©tĂ© associĂ© Ă ce terme et les rĂ©alitĂ©s qui l’accompagne. On va donc commencer par un focus sur le sujet pour clarifier tout ça.
Qu’est ce que la transidentitĂ© ?
La transidentitĂ© fait rĂ©fĂ©rence aux personnes dont l’identitĂ© de genre ne correspond pas au sexe qui leur a Ă©tĂ© attribuĂ© Ă la naissance. Il remet en question la comprĂ©hension binaire conventionnelle du genre, en reconnaissant un spectre d’identitĂ©s. Ce terme gĂ©nĂ©rique inclut les personnes transgenres, non binaires, genderfluid, etc.
Un homme trans c’est une personne qui a Ă©tĂ© assignĂ© femme Ă la naissance et dont l’identitĂ© de genre est homme.
Une femme trans c’est une personne qui a Ă©tĂ© assignĂ© homme Ă la naissance et dont l’identitĂ© de genre est femme.
Par contre, les personnes non-binaires, elles, ne se reconnaissent ni strictement dans le genre homme, ni strictement dans le genre femme.
Le mécanisme de la transphobie
Cis c’est le pendant de trans. On parle d’une personne cis quand cette personne a une identitĂ© de genre qui alignĂ© avec le sexe qu’on lui a assignĂ© Ă la naissance. Par exemple, une personne qui a Ă©tĂ© assignĂ© homme Ă la naissance et dont l’identitĂ© de genre est homme. Dans notre sociĂ©tĂ© ĂŞtre cis est la norme.
Or, toute transgression de cette norme de genre est condamnĂ©e. Cela se retrouve Ă©normĂ©ment dans notre langage et notamment dans les insultes qu’on utilise. Pour ne pas donner des exemples plus vulgaires, on peut par exemple parler du terme “femmelette”, pour un homme qui aurait un comportement jugĂ© trop fĂ©minin, ou de “garçon manquĂ©” pour une femme qui aurait un comportement jugĂ© trop masculin.
Les personnes trans rentrent par dĂ©finition dans une transgression des normes de genre. Elles sont donc perçus comme anormales voire “bizarre”. Cela justifie la crĂ©ation de discours et des actes violents concernant la transidentitĂ© et les personnes trans. Elles sont considĂ©rĂ©s par les plus extrĂ©mistes comme des dangers pour les “valeurs traditionnelles de la famille”. Ces discours ont notamment Ă©tĂ© utilisĂ©s pour construire un arsenal juridique et administratif qui pĂ©nalise les personnes trans. C’est dans cette dĂ©marche que la transidentitĂ© a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme une maladie mentale jusqu’en 2010. Encore aujourd’hui elles doivent affronter des dĂ©marches complexes pour ĂŞtre reconnue.
Les chiffres de la transphobie
Si nous n’avons pas accès a beaucoup de donnĂ©es en France, aux États-Unis une Ă©tude de 2015 qui a rĂ©uni 27 715 rĂ©pondant·es a montrĂ© que :
- Près de la moitié (46 %) des personnes interrogées ont été harcelées verbalement au cours de l’année écoulée parce qu’elles étaient transgenres.
- Près d’une personne interrogĂ©e sur dix (9 %) a Ă©tĂ© agressĂ©e physiquement au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e parce qu’elle Ă©tait transgenre.
- Près de la moitié (47 %) des répondant·es ont été agressé·es sexuellement à un moment donné de leur vie et une sur dix (10 %) a été agressé sexuellement au cours de la dernière année.
- 72 % des personnes interrogées ont déjà travaillé dans le domaine du sexe.
- 65 % des personnes interrogées ont déjà été sans abri.
- Plus de la moitié (54 %) ont subi une forme de violence conjugale, y compris des actes impliquant un contrôle coercitif et des violences physiques.
Pourquoi retrouve-t-on de la transphobie au travail
Comme notre sociĂ©tĂ© est cisnormative (c’est Ă dire qu’ĂŞtre cis y est une norme), la transphobie est prĂ©sente dans toutes ses sphères. Le travail n’est donc bien Ă©videmment pas Ă©pargnĂ©.
Le problème, c’est que la possibilitĂ© d’avoir accès au travail et de pouvoir s’y Ă©panouir est plus qu’importe pour ĂŞtre pleinement intĂ©grĂ© dans notre sociĂ©tĂ©. Il est donc du devoir de toutes les organisations de rendre leur environnement professionnel inclusif pour les personnes trans.
La transphobie ordinaire au travail
Si nous avons pu voir l’Ă©tendue des violences que vivent les personnes trans, la transphobie au travail se caractĂ©rise d’abord dans beaucoup d’interactions du quotidien. Si une mauvaise expĂ©rience peut ĂŞtre acceptĂ©e, la rĂ©pĂ©tition toutes la journĂ©e de ces micro-agressions a un impact lourd sur la santĂ© mentale des personnes trans.
Le mégenrage
MĂ©genrer quelqu’un, c’est l’appeler avec un pronom qui ne correspond pas Ă son identitĂ© de genre. Par exemple, parler d’une femme en utilisant le pronom il. Si cela peut paraĂ®tre anodin, les personnes trans sont confrontĂ©es quotidiennement Ă cette remise en cause de leur identitĂ©. Cela affecte leur santĂ© mentale. Au travail, il est donc important de demander les pronoms de ses collaborateur·ices et de faire attention Ă bien utiliser les bons pronoms.
La reconnaissance administrative
Il est possible pour les organisations de reconnaĂ®tre administrativement le genre des personnes transgenre dans une certaine mesure. La mĂ©thode la plus simple est d’utiliser leur prĂ©nom d’usage et leur pronom de la personne sur tous les documents administratifs y compris les bulletins de salaire, ou supports (messageries Ă©lectroniques, annuaires internes, intraweb etc.), ce, peu importe l’Ă©tat civil de la personne. C’est mĂŞme une recommandation du dĂ©fenseur des droits dans sa dĂ©cision cadre n°2020-136.
Les questions intrusives
Au quotidien, les personnes trans et identifiĂ©es comme telles, reçoivent de nombreuses questions intrusives et personnelles. Par exemple : “Est-ce que tu as fais une opĂ©ration chirurgicale ?”, “quand as-tu fais ta transition ?”, “quelles toilettes utilises-tu ?”.
Si elles sont le plus souvent motivĂ©es par la curiositĂ©, elles restent nĂ©anmoins dĂ©placĂ©es. De plus, il faut ĂŞtre conscient·e que si chaque personne qui pose ces questions ne les posent qu’une fois, les personnes transgenres les entendent en boucle semaine après semaine. Elles affectent leurs santĂ©s mentales et leurs confiance en-elle et participent Ă remettre en cause leurs identitĂ©s.
L’Accueil des transitions
Il est possible que des personnes effectuent leur transition de genre alors qu’elles sont dĂ©jĂ salariĂ©s de l’entreprise. Dans ce cas, elles vont le plus souvent en parler avec leurs responsables. L’employeur doit alors absolument savoir accueillir sa parole au risque de rompre tout dialogue par des moqueries ou l’absence de prise en compte de sa transidentitĂ©. L’absence de dialogue va nĂ©cessairement remettre en cause le bien-ĂŞtre au travail de la personne trans.
Une fois le dialogue Ă©tabli, il faut mettre en place des amĂ©nagements adaptĂ©es en fonction des besoins exprimĂ©s par le·la salarié·e. On pense notamment Ă des arrĂŞts de travail suite Ă une intervention chirurgicale, Ă des modifications administratives ou Ă l’usage des espaces non mixtes (vestiaires, toilettes) etc. Malheureusement, cette prise en compte n’existe pas dans la plupart des espaces professionnels.
Les violences transphobes au travail
En plus de ces manifestations ordinaires, la transphobie au travail peut prendre des formes très violentes. Ces violences sont condamnĂ©es par la loi mais persiste malgrĂ© tout. Il est de la responsabilitĂ© de l’employeur de les prĂ©venir et de les traiter lorsqu’elles se produisent.
L’outing
Une des violences transphobes rĂ©currentes est l’outing. Elle consiste Ă rĂ©vĂ©ler la transidentitĂ© d’une personne sans son consentement. Cette pratique illĂ©gale est une violation de la vie privĂ©. De plus, elle expose la personne concernĂ©e Ă d’Ă©ventuelles violences de la part des personnes qui on reçu l’information.
Les remarques transphobes
Ces violences se caractĂ©risent par des remarques qui peuvent aller de la plus anodine jusqu’aux insultes. Elles vĂ©hiculent des moqueries, la remise en cause de l’identitĂ© voire une haine des personnes transgenres. Ces remarques et insultes peuvent tĂ©moigner soit d’un manque de connaissance de la transidentitĂ© soit d’une haine plus ancrĂ©e. Cette haine est assez rĂ©pandu dans la sociĂ©tĂ© du fait du manque de sensibilisation sur le sujet et de l’omniprĂ©sence de la binaritĂ© de genre.
Inutile de prĂ©ciser qu’elles ont des consĂ©quences très nĂ©fastes sur les personnes qui les reçoivent. En effet, elles peuvent leur donner un sentiment d’insĂ©curitĂ© au travail qui peut amener Ă des isolements, des dĂ©missions ou des burn-out dans les cas les moins graves.
Le harcèlement transphobe
Le travail est Ă©galement un milieu propice pour les phĂ©nomène du harcèlement transphobe. On peut parler de harcèlement transphobe lorsqu’il y a une rĂ©pĂ©tition d’actes transphobes sur une mĂŞme personne au sein d’un groupe donnĂ©. Il s’agit de harcèlement autant lorsque ces actes sont commis par une seule personne que lorsqu’ils sont commis par des personnes diffĂ©rentes.
Les violences physiques
La transphobie au travail peut mĂŞme dĂ©passer le cadre des violences verbales. Ainsi, de nombreuses personnes trans sont agressĂ©es physiquement du fait de leur identitĂ© de genre. Ces violences peuvent intervenir en marge du lieu de travail ou lors d’Ă©vĂ©nements d’entreprise. Ils peuvent Ă©galement ĂŞtre engendrĂ© par une situation d’harcèlement. Selon les travaux d’Arnaud Alessandra et de Karine Espineira 85% des personnes transgenres subissent de telles agressions au cours de leurs vies.
Lutter contre la transphobie au travail
Lutter contre la transphobie au travail est essentiel pour promouvoir un environnement de travail équitable, respectueux et productif. Pour participer à cette dynamique, plusieurs actions sont incontournables.
Former ses équipes pour lutter contre la transphobie au travail
La première et sĂ»rement la plus importante consiste en la formation des Ă©quipes Ă l’accueil de personnes transgenres. Ces formations ont un double intĂ©rĂŞt :
1 . Comme la transphobie est le plus souvent lié à un manque de connaissance, elles permettent à tout le monde de comprendre les enjeux et leurs responsabilités pour y faire face.
2. Elles permettent aux Ă©quipes encadrantes d’acquĂ©rir les outils pour prĂ©venir la transphobie et savoir rĂ©agir lorsqu’elle se manifeste.
D’ailleurs, si vous souhaitez former vos Ă©quipes pour lutter contre la transphobie dans votre boĂ®te, rendez vous ici.
Encourager la représentation des personnes trans
Pour lutter contre la transphobie au travail, il est très important que des personnes transgenres soient reprĂ©sentĂ©s dans l’organisation et notamment dans les postes de directions et d’encadrements. Cela permet d’une part de normaliser la transidentitĂ© et donc de la rendre plus acceptable. D’autre part, les personnes transgenres pourront avoir le sentiment de
Plus important encore, avoir des personnes trans reprĂ©sentĂ©es dans les prises de dĂ©cisions importantes va permettre d’avoir l’œil de personnes concernĂ©es par la transphobie sur ces dĂ©cisions. Ainsi, cela peut prĂ©venir certaines dĂ©cisions transphobes.
Prévenir et traiter les violences transphobes
On en parlait prĂ©cĂ©demment dans l’article, la transphobie au travail se traduit souvent par des violences. Pour rendre votre entreprise inclusive pour les personnes trans, il est impĂ©ratif de les prendre en compte pleinement et d’agir concrètement pour y faire face.
Il s’agit d’une part de prĂ©venir ces violences en les mesurant et en mettant en place des actions de sensibilisation adaptĂ©es.
Il s’agit Ă©galement d’avoir un protocole de signalement et de traitement des violences transphobes qui soit connu de tous et sĂ©curisĂ© pour traiter rigoureusement tout signalement de violence.
Le recrutement des personnes trans
La transphobie au travail commence avant mĂŞme que des personnes trans soient salariĂ©s de votre organisation. En effet, elle peut apparaĂ®tre dès le recrutement. En ne prenant pas cela en compte, l’entreprise participe Ă l’exclusion des personnes transgenres du marchĂ© du travail.
Les discriminations Ă l’embauche des personnes trans
En effet, on le disait en introduction, près d’une personne trans sur deux a dĂ©jĂ vĂ©cu des discriminations Ă l’embauche. De plus, Pour 8 recruteurs sur 10, la transidentitĂ© est un « obstacle Ă l’embauche » en France. Ces discriminations sont particulièrement problĂ©matiques puisqu’elles empĂŞchent les personnes trans d’accĂ©der au pouvoir Ă©conomique. C’est une des raisons de la prĂ©caritĂ© de beaucoup de personnes transgenres.
Faire des fiches de postes inclusives
Pour rendre vos fiches de postes plus attractives pour les personnes trans, vous pouvez commencer par utiliser un langage inclusif en adoptant le point mĂ©dian et en privilĂ©giant des termes Ă©picènes. Il est Ă©galement important de mettre en avant votre engagement contre la transphobie et les actions que vous mettez en place. Enfin, gardez une flexibilitĂ© dans vos exigences. les minoritĂ©s de genre ont tendance Ă se sentir moins lĂ©gitime pour postuler Ă des postes pour lesquelles elles n’ont pas toutes les compĂ©tences exigĂ©es.
Pourquoi vous avez intérêt à lutter contre la transphobie au travail
En plus des raisons évidentes de luttes contre les discriminations, il est intéressant pour les entreprises de lutter contre la transphobie a différents niveaux.
Limiter les risques
Ne pas prendre au sĂ©rieux la lutte contre la transphobie au travail peut crĂ©er des risques Ă l’entreprise Ă diffĂ©rents niveaux :
1) Le risque juridique
Ton employeur a l’obligation d’assurer la sécurité de ses équipes et par sécurité on entend autant physique que mentale. Il est légalement responsable de la prévention, la prise en charge et la sanction de tout types de violences transphobe.
2) Le risque financier
Alors oui, l’employeur risque une amende pour manquement à son devoir de protection. Mais il faut savoir que les violences transphobes peuvent avoir également un impact sur les finances de l’organisation :
- Il faut remplacer les personnes en arrêt maladie. Cela engendre un coût salarial mais aussi en terme de temps dédié au recrutement par exemple.
- Il faut anticiper les potentielles indemnités à verser à la victime même après un licenciement.
3) Le risque de perte de performance
Les personnes victimes de violences sexistes au travail vont adopter des stratégies d’évitement face aux micro agressions du quotidien.
Par exemple, une personne trans qui va régulièrement recevoir des remarques transphobes lors de rendez-vous clients, peut être amenée à éviter ces rendez-vous et donc à limiter une partie de ses missions.
4) Le risque de réputation
Aujourd’hui, les employé·es sont très attentifs aux engagements des entreprises lorsqu’iels doivent faire des choix. En effet, 84 % des candidat·es considèrent l’inclusion comme un critère dĂ©terminant dans le choix de leur entreprise.
Le tĂ©moignage d’un·e ou plusieurs salarié·es qui ont vĂ©cu de la transphobie dans l’entreprise peut nuire grandement Ă la marque employeur.
Attirer des talents
Il y a des talents parmi les personnes transgenres qui représentent une part importante de la population. En effet, selon un sondage réalisé par YouGov pour l’Obs, 14 % des 18-44 ans ne se retrouvent pas complètement dans la dichotomie homme/femme. Ne rien mettre en place pour lutter contre la transphobie au travail va vous empêcher de les attirer et de les fidéliser.